Comme tout le monde ! Chemise blanche et pantalon de lin, cheveux blancs impeccablement peignés en arrière, le comte Jean de Sabran-Pontevès boit son café accoudé au comptoir du bar du village. Il tutoie le président du club de foot, papote avec le buraliste qui passe... Comme tout le monde vraiment ? Le comte Jean fait bonne figure mais il s'avoue déchiré par la querelle fratricide qui risque de mettre fin à mille ans de l'histoire des Sabran-Pontevès. Depuis 1973, les quatre héritiers, trois frères et une soeur, n'arrivent pas à se mettre d'accord pour partager les biens de la noble famille, en premier lieu le fier château d'Ansouis. La justice a tranché: vente aux enchères le 29 octobre. Le comte désigne le drapeau familial élimé qui pendouille dans un ciel sans vent: "Voyez ce lambeau d'étoffe déchiré. C'est ce qu'il reste aujourd'hui de ma famille."

C'est peu dire que l'édifice millénaire a connu des heures plus glorieuses. Non que "la perle du Luberon" soit en ruine, loin de là. Après avoir été abandonné aux ronces et au lierre jusqu'en 1936, il a été restauré pendant quarante ans par les parents du comte, le duc et la duchesse de Sabran-Pontevès, qui y résidaient avec leurs quatre enfants, ambiance toits troués et sans électricité. Le château s'est refait une beauté grâce à eux, devenant la principale locomotive touristique du village avec au moins 15 000 visiteurs chaque année, l'argent de la billetterie aidant à l'entretien du monument historique. Et puis le duc et la duchesse sont décédés. Lui en 1973, elle en 1988. Géraud, le benjamin de la fratrie, a été élu maire d'Ansouis (il en est à son deuxième mandat). Surtout, il s'est installé avec son épouse et ses quatre fils au château, au grand dam de sa soeur, la duchesse d'Orléans. Cette dernière vit à Paris, comme Charles-Elzéar, l'aîné de la lignée. Jean, le cadet, habite, lui une vénérable maison au pied de ce château du Luberon.

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